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Je dors avec quatre couvertures, un couvre-lit, un pull enroulé autour de la tête, un autre au-dessus. Pas de chauffage dans la chambre. Un radiateur dans le couloir, rarement allumé, ne fonctionnant plus vraiment, valsant si souvent par la fenêtre... le lendemain matin, il va le rechercher... lui aussi, par souci du qu’en-dira-t-on... ma mère ne réussissant pas à le porter.
J’avais dix ans aussi quand, après des semaines de tentation, j’ai enfin osé subtiliser deux couteaux pointus dans le tiroir. Et chaque soir je les plaçais sous mon oreiller, le matin les cachais. Ç’avait été un mini drame ! Un de plus. Ma mère l’accusait de les avoir donnés « chez Leboc », le cafetier, pour payer ses dettes, les opinels avec lesquels elle saignait les poulets. Pour une fois, il avait raison ! Mais régulièrement des choses disparaissaient et il reconnaissait plus tard avoir réglé ainsi son ardoise.
Chaque soir je fermais donc à clé la porte de ma chambre et j’étais persuadé d’être assez vif pour saisir l’un de ces couteaux s’il la défonçait. Je m’entraînais souvent, certain qu’il voudrait m’étouffer. Un soir, à la télé, dans un film, un homme assassina sa femme avec un oreiller et il m’avait balancé « tu vois p’tit merdeux, trente secondes et t’es mort. » Comme il ignorait mes armes, oui, je pouvais, malgré mon âge, lui en planter un dans le ventre ; alors il me lâcherait et le second, il faudrait lui enfoncer dans le cou. Puis couper, couper comme ma mère un poulet. Comme le cochon. Le cochon tué chaque année. Ils l’attachaient, le basculaient sur un côté, mon père lui tenait les pattes et Léon, le tueur du village, l’égorgeait, l’animal hurlait. Ma mère avec un bassin récupérait le sang pour le boudin.
Mes couteaux sont minuscules comparés à celui du vieux Léon mais proportionnellement au cou du cochon, je dois réussir.
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Quand j’ai lu qu’en « ex-Yougoslavie », des hommes s’étaient entraînés sur des cochons avant de partir à l’assaut de villages entiers, cette scène annuelle m’était revenue. Et mes réflexions d’alors.
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