Thomas de Terneuve écrivain français

Les éditeurs et libraires traditionnels il faut les soutenir ?...

la librairie française est un espace non adpaté aux livres

Slogans modernes... (ou passéistes ?)

Les éditeurs (traditionnels), il faut les soutenir !
Les libraires, il faut les soutenir !
Et lutter contre Amazon.
Et lutter contre l'auto-édition.
Plus de subventions aux éditeurs !
Plus de subventions aux libraires !


Le livre en papier


Thomas de Terneuve


Le livre en papier : 25 000 points de vente inaccessibles aux auteurs indépendants. Un système à soutenir ?

Sous-titré La librairie en France vue par un écrivain indépendant


En vente :

Papier : 7 euros 86 sur amazon. Franco de port.

En numérique à 2 euros et 99 centimes : sur immateriel pour tous les formats, itunes, amazon.fr...


Imaginez monsieur Antoine Gallimard, derrière la première banderole du cortège (de Matignon à l’Elysée ?). Pour celles et ceux qui n’ont pas encore souri à cette hypothèse tableau : ce grand patron d’une noble entreprise d’édition figure au palmarès des 500 plus grandes fortunes du pays. L’édition, ça rapporte... aux éditeurs. Aux écrivains ? Naturellement, il existe des écrivains millionnaires.
25 000 points de vente

Les différents observateurs (état, syndicats...) s'accordent sur le chiffre d'environ 25 000 points de vente physique

Le 27 septembre 2012, le SLF, syndicat de la librairie française, dans un communiqué "Les libraires français soutiennent leurs confrères québécois pour l'instauration du prix unique du livre" notait le laïus devenu classique :
"En évitant une bataille déséquilibrée sur les prix entre les différents circuits de vente du livre, le prix unique a permis au réseau des librairies françaises de se maintenir et de se moderniser. Sur environ 25 000 points de vente du livre, on dénombre 3 000 librairies «professionnelles». Le réseau des librairies représente aujourd'hui plus de 40 % de la vente au détail et beaucoup plus dans certains secteurs, comme les sciences humaines ou les nouveautés littéraires. Ce réseau de librairies a porté et continue de porter l'essentiel de la création littéraire française ou en traduction et des livres de référence que les éditeurs peuvent ainsi maintenir durant de longues années dans leur catalogue. La vitalité et le renouvellement de l'édition de création sont étroitement liés au maintien de ce réseau de librairies."
.

Le livre en papier : 25 000 points de vente inaccessibles aux auteurs indépendants. Analyse de la distribution.

Point crucial pour vendre des livres : qu'ils soient disponibles là où lectrices et lecteurs achètent.
Les derniers chiffres connus sur les lieux d'achat du livre concernent 2010 (hors livres scolaires et encyclopédies en fascicules) :

- Librairies (tous réseaux confondus) : 23,4%
- Grandes surfaces culturelles spécialisées 22,3%
- Grandes surfaces non spécialisées (dont hyper) 19,1%
- Ventes par internet 13,1%
- VPC et clubs (hors internet) 13,2%
- Courtage 0,1%
- Soldeurs / occasion 1,5%
- Autres (comités d’entreprise, kiosques, gares, salons,…) 7,2%

Pour les librairies, ces données officielles présentent une répartition (http://www.dgmic.culture.gouv.fr/IMG/pdf/Chiffres-cles_2010-2011.pdf) :
- librairies (grandes librairies et librairies spécialisées) 17,6%
- grands magasins 0,3%
- maisons de la presse, librairies-papeteries 5,5%

Les ventes "en clubs" sont réservées aux best-sellers de l'édition classique... et naturellement, les internautes achètent principalement ce dont ils entendent parler, comptons peu sur leur légendaire soif d'inédits...

Comment être disponible en librairies et grandes surfaces ? Via un secteur peu connu et pourtant central de la chaîne du livre : la distribution.

Pour alimenter 25 000 points de vente, rien que la logistique et les frais de transport nécessitent une mise de départ dont ne dispose naturellement pas l'auteur-éditeur.
Se limiter aux grandes enseignes, qui fonctionnent avec une centrale d'achats, permettrait une percée significative mais ces centrales d'achats répondent à l'auteur-éditeur de passer par un distributeur référencé... Cercle vicieux où seuls les installés peuvent commercer...

Qui sont ces installés ?

"Alors que dans les autres pays comparables l’éditeur et le distributeur sont deux acteurs bien distincts, les principales maisons d’édition françaises ont développé leur propre circuit de distribution, à l’exemple de la Sodis appartenant à Gallimard ou de Volumen dans le cas du groupe La Martinière. En contrôlant le processus de distribution, les éditeurs français se sont donnés les moyens de dégager des marges plus importantes qu’avec leur seule activité éditoriale.
L’intégration de la distribution reste aujourd’hui encore l’une des principales sources de la bonne santé économique des éditeurs français (...)
Avec la transmission directe d’un texte depuis une plate-forme de téléchargement vers une tablette ou une liseuse, l’impression et la distribution du livre ne sont plus nécessaires. Or c’est cette dernière étape de la chaîne du livre qui est aujourd’hui la source majeure de rémunération pour l’éditeur."
Note d'analyse officielle gouvernementale, mars 2012
http://www.strategie.gouv.fr/system/files/2012-03-19-livrenumerique-auteurs-editeurs-na270_0.pdf

Une source majeure de rémunération absente du bénéfice de l'éditeur présenté à l'auteur pour justifier ses faibles droits...
Peut-on s'étonner des exemples ? Exit les deux premiers distributeurs, ceux des groupes Hachette et Editis, les leaders de l'édition. Mais naturellement, dans une note officielle, la mise en valeur de Gallimard et La Martinière doit sembler préférable.
Dans l'économie de livre, l'important n'est pas de publier les meilleures œuvres mais de donner envie d'acheter des livres du groupe aux clients, où ils passent habituellement. Ainsi la grande surface fut, jusqu'à une période récente, considérée comme l'espace idéal pour le livre vu à la télé.

"En contrôlant le processus de distribution, les éditeurs français se sont donnés les moyens de dégager des marges plus importantes qu’avec leur seule activité éditoriale." Conséquences indirectes ou motivations conscientes : ce contrôle permet à ces groupes d'empêcher un véritable développement des indépendants (il suffit de demander une mise de départ impossible pour interdire le marché ou un fixe plus une marge à la limite du supportable pour laisser survivre au bord de l'asphyxie) et de maintenir les écrivains dans leurs écuries.

5 distributeurs se partagent plus de 90% du marché : Hachette Distribution, Interforum (Editis), Sodis (Gallimard), Volumen (Seuil-La Martinière), Union Distribution (Flammarion).

En rachetant Flammarion, Gallimard est devenu un poids lourd de l'édition française, le troisième groupe. Il a aussi acquis un distributeur et le rapprochement Sodis - UD semblerait logique.

Le pouvoir de négociation des fournisseurs extérieurs, les petits éditeurs, est quasi nul face à ces mastodontes.

Sujet presque tabou. J'ai néanmoins déniché une analyse : « la totalité du chiffre d’affaires de l’édition transite par les distributeurs, qui prélèvent leur dîme à l’aller comme au retour. Le montant de la dîme ? Il est mieux gardé que la clé des codes de la bombe atomique. »
Les éclairages de Challenges, juin 2004 - N° 226
La guerre des livres se déplace sur le terrain de la distribution

Jean-Claude Utard, dans le résumé de son cours sur l'édition française à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense, note :
"Un éditeur petit ou moyen est donc contraint de déléguer ce travail [distribution et diffusion] et se retrouve dans une situation où il n’est pas complètement libre de choisir : c'est le distributeur et le diffuseur qui, en fonction des rythmes de parution, des chiffres et du volume des ventes de cet éditeur et de sa complémentarité avec les autres éditeurs de son catalogue, en définitive acceptent de le prendre en compte. Une caution est en général exigée alors par le distributeur et la rémunération du distributeur et du diffuseur consistera en un pourcentage sur les ventes (10 % en moyenne pour la distribution), souvent assorti de la condition d'un chiffre d'affaire minimum (et donc d'une rémunération minimum pour le distributeur et le diffuseur)."

Payer et être noyé dans la masse du grand distributeur, où même de gros éditeurs "indépendants" osent parfois se demander s'il ne privilégie par le catalogue de sa maison mère. Quelle idée !

Comme l'écrivit Michel Champendal "il n'existe de nos jours aucune perspective de ventes de livres pour un petit éditeur parisien..." Il avait essayé, créé une maison d'édition à son nom, en dépôt de bilan début 2009, quelques semaines avant son suicide. C'est un article de Bruno Abescat dans l'Express en ligne "L'édition française doute de son avenir", publié le 22 mars 2010, qui me l'apprit. "Il n'existe de nos jours aucune perspective de ventes de livres pour un petit éditeur parisien..." serait le dernier message qu'il laissa.

Avant le numérique, c'était simple : un livre sans distribution est un livre invisible, invisible également pour les médias. Donc il suffit de tenir la distribution pour tenir les écrivains.

Sans distribution, sans diffusion... La diffusion diffère de la distribution même si elles furent (sont) souvent confondues, même si elles sont interdépendantes. Le diffuseur réalise la promotion des livres auprès des points de vente, il s'agit donc d'une armée de représentants, exclusifs ou multicartes. Le distributeur gère les tâches matérielles, le stockage et la circulation des livres (allers vers les points de ventes et souvent retours invendus), les flux financiers.

Certes, le système n'est pas parfait, même le Syndicat Nation de l'Edition le reconnaît :

L’augmentation de la production éditoriale depuis 10 ans se traduit par :
- Une rotation plus élevée sur les tables avec une espérance de vie de trois mois au maximum, en cas de vente faible ou moyenne (une nouveauté chasse l’autre) ;
- Des taux de retours élevés (23,1 % en 2010, 24,4 % en 2011), ce qui pénalise l’ensemble de la chaîne du livre ;
- Et en amont, des tirages moyens en baisse (de 10 000 exemplaires en 1990 à un peu moins de 7 630 en 2011) d’où une plus grande vigilance en ce qui concerne les mises en place.




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